3 septembre 2010
:: France
L’Etat veut préserver la Société Générale
Linternationalmagazine.com - Aurélien Poilbout, étudiant en journalisme, publié le 01/02/2008
L’action de la Société Générale à bondit de 5.38% mercredi après-midi. Une rumeur affirmait le lancement d’une OPA (offre publique d’achat sur la Société Générale. La Société Générale, victime d’une perte de 7 milliards d’euros, a frôlé la faillite et reste fragile. Le gouvernement, « très attentif à tous les risques de déstabilisation », veut éviter que l’une des plus importantes banques françaises ne soit racheté par des fonds étrangers.
L'Etat veut préserver la Société Générale

La Société Générale a démenti une dépêche de l’AFP paru mercredi après-midi qui affirmait que Daniel Bouton, P-DG de la banque, était favorable à une offre amicale de rachat. « Le gouvernement ne laissera pas la Société Générale être l’objet de raids hostiles de la part d’autres établissements bancaires », a affirmé François Fillon mardi matin. «  La première des responsabilités du gouvernement, c’est de penser aux 130.000 salariés de cette entreprise et à ses clients ». La Société Générale a révélé jeudi 24 janvier une perte de sept milliards d’euros. Deux milliards à cause de la crise des subprimes aux Etats-Unis et cinq milliards dus à des mauvais placements d’un seul trader, Jérôme Kerviel.

Une augmentation de capital à hauteur de 5.5 milliards d’euros doit permettre à la banque de combler ses pertes. Groupama et la Caisse des Dépôts et Consignations doivent y souscrire.

Mais depuis juin 2007, la Société Générale a perdu la moitié de sa valeur. Elle est aujourd’hui de 34 milliards d’euros. Une situation difficile qui, même avant les dernières pertes colossales, l’exposait à un rachat. Eric Woerth, ministre du Budget, a accordé son soutien : « la Société Générale est une grande banque, capable de faire front. Elle ne doit pas perdre de son prestige ».

Jérôme Kerviel : « ma hiérarchie a fermé les yeux »

Une enquête judiciaire est en cours pour déterminer les responsabilités sur cette affaire. Jérôme Kerviel vient d’être remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire après avoir été entendu par le juge. On ne s’explique pas toujours pas comment un trader a pu engager 50 milliards d’euros sur le marché des produits dérivés. Des traders affirment avoir remarqué ces mouvements de capitaux colossaux.

Le Monde du 31 janvier révèle des Extraits des Procès Verbaux des auditions de Jérôme Kerviel :

« Je ne peux croire que ma hiérarchie n’avait pas conscience des montants que j’engageais, il est impossible de générer de tels profits avec de petites positions. Ce qui m’amène à dire que lorsque je suis en positif ma hiérarchie ferme les yeux sur les modalités et les volumes engagés. Au titre d’une activité normale, un trader ne peut générer autant de cash.

J’avais certes intérêt à dissimuler mes engagements vis-à-vis de mes supérieurs conscients du risque de ne plus avoir de job. Et ma hiérarchie avait intérêt quant à elle à ne rien dire pour les mêmes raisons. Dès début avril, P. B. et M. R. sont avisés par mail du service comptable (...). La seule chose qui me soit dite est de me débrouiller pour régulariser. Ils n’interviennent pas. Les autres alertes qui leur parviennent par la suite ne les font pas réagir pour autant, c’est donc que cela les arrangeait. Au début comme à la fin de mes manoeuvres, ils n’ont pas voulu intervenir. Nous faisons eux et moi le même métier. Ils en connaissent les rouages ».

Vers de nouvelles règlementations bancaires

Pour Pierre Moscovici, député PS, la France possède l’un des meilleurs systèmes de contrôle bancaire au monde avec la Commission bancaire et la Banque de France. Mais on devra « interroger avec acuité le gouvernement Banque de France, secrétaire de la commission des finances », a-t-il déclaré. Pour Frédéric Lefèvre, député UMP des Hauts-de-Seine, «  il faudra aussi contrôler sérieusement les autres banques ». Frédéric Lefèvre a critiqué « la culture d’indépendance dogmatique » des institutions bancaires en Europe. Contraire à « l’indépendance pragmatique de la Réserve fédérale américaine » directement liée au secrétariat au Trésor. Une banque privée n’a pas l’obligation légale de prévenir l’Etat si elle se trouve en difficulté. La Société Générale n’avait pas prévenu tout de suite le gouvernement par peur de provoquer des fuites et de gêner la tentative de récupérer ses actifs.

Le premier ministre a déclaré que les résultats de l’enquête judiciaire permettront de « proposer des réglementations nouvelles et des renforcements des contrôles qui, naturellement, s’appliqueront à la Société Générale, mais aussi à toutes les autres ».

L’avenir de Daniel Bouton compromis à la tête de la Société Générale Daniel Bouton, P-DG de la Société Générale, a écrit une lettre de démission jeudi. Démission refusée par le conseil d’administration de la banque. Nicolas Sarkozy a déclaré mardi, que « l’on est dans un système où, quand on a une forte rémunération, qui était sans doute légitime, mais qu’il y a un grand problème, on ne peut pas s’exonérer de responsabilités ». Pour Jean Arthuis, le président de la commission des Finances du Sénat, il y a « véritablement eu un problème de gouvernance et de contrôle interne de la banque ». Sa conclusion : « Je ne pense pas que Daniel Bouton puisse faire autrement que partir ». Les élus socialistes, comme Elisabeth Guigou, députée de Seine-Saint-Denis, se prononce pour le maintien à son poste de Daniel Bouton. « Dans l’immédiat, il ne faut rien faire qui fragilise la Société Générale ».

Dernières réactions
dalayer
01.02.08 à 08:09
Je lis dans l’article que la Société générale a "frôlé la faillite". Alors que j’avais lu par ailleurs que la banque allait dégager 600 millions d’euros de bénéfices en 2007 contre plus de 5 milliards en 2006. Je suppose donc que la faillite possible ne venait pas de la chute des bénéfices mais de la baisse considérable de la valeur du capital en bourse face aux engagements de la banque ? L’auteur aurait dû préciser et expliquer que les banques doivent avoir des réserves dont la valeur de leurs propres actions qu’elles peuvent détenir fait partie. Si la dite valeur constitue une part trop importante des réserves, alors la banque doit réalimenter autrement les dites réserves, son bénéfice pouvant ne pas y suffire. Mais, dans ce cas, ce n’est pas la faillite qui survient mais l’intervention de l’Etat pour obliger l’établissement à respecter la législation bancaire. Et il y a plusieurs façons alors de revenir à la légalité, du "nettoyage" du portefeuille (on cède des créances)au "nettoyage" des coûts pour accroitre les bénéfices. Tandis que la faillite survient quand la banque n’est plus en mesure d’honorer sa signature à l’égard de ses clients.
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