
Comme la plupart des institutions intergouvernementales, l’Union africaine compte parmi ses organes essentiels un président en exercice, généralement le chef de l’Etat qui accueille la réunion au sommet, et qui reste en fonctions jusqu’au sommet suivant : six mois pour l’Union européenne, trois ans pour le Mouvement des non alignés, un an pour l’Union africaine, comme c’était déjà le cas pour l’Organisation de l’unité africaine.
C’est ainsi que l’OUA a eu 37 présidents en exercice tout au long de ses 37 années d’existence ; l’Union africaine, qui lui a succédé après le sommet de Lusaka, en 2001, a plus ou moins adopté la même pratique : en janvier 2007, lors du 8ème sommet d’Addis Abeba, qui a vu la fin de la présidence du Congolais Sassou Nguesso, et pour éviter la nomination du président – controversé – du Soudan Béchir, qui était pour la seconde fois candidat, c’est le président du Ghana John Kufuor qui a été choisi.
C’est en effet Accra qui accueillait le sommet de juillet 2007. C’était également le choix symbolique d’un pays qui fêtait cette année-là le 50ème anniversaire de son indépendance. Un témoignage rétrospectif de reconnaissance envers son premier président, le Dr Kwamé Nkrumah, l’un des pères fondateurs de l’OUA, et enfin, un geste vis-à -vis du Ghana, qui organise actuellement la 26ème édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), pour les 40 ans de la Confédération africaine de football.
Ces présidents marquent en général leurs fonctions de leur forte personnalité. Mais la durée limitée de leur mandat tempère leur influence.
En revanche, un autre organe de l’Union africaine permet à son titulaire de jouer un rôle tout à fait crucial : celui de président de la Commission, auquel la Charte de l’UA ne consacre pourtant que le seul article 20. L’Union africaine n’en a connu jusqu’ici qu’un seul : l’ancien président du Mali, Alpha Oumar Konaré, élu en 2003 au sommet de Maputo, et qui a fait connaître son intention de ne pas briguer de nouveau mandat. Mais il aura fortement et durablement marqué de son empreinte une fonction difficile à tenir, alors que les chefs d’Etat ont souvent tendance à vouloir le cantonner dans un rôle de simple chef de secrétariat (c’est ce que précise justement l’article 20).
Il en avait été de même à l’Organisation de l’unité africaine, dont le secrétaire général devait être purement administratif, formulation limitative qui a progressivement disparu. Sur les huit secrétaires généraux qu’a connus l’OUA, plusieurs ont réellement marqué l’histoire de l’institution et donc du continent africain.
Elu en 1963, le Guinéen Diallo Telli, que j’ai eu la chance de connaître et à qui j’ai consacré une biographie, a eu la charge de mettre en place la jeune organisation et d’affirmer son rôle dans nombre de dossiers difficiles et de crises délicates, avant de rentrer en 1972 dans son pays et d’y subir une fin atroce quatre ans plus tard.
Après les Camerounais Nzo Ekangani (1972-74) et William Eteki Mboumoua (1974-78), ce fut le Togolais Edem Kodjo, que j’ai également connu, qui occupa ces fonctions avec intelligence et efficacité, mais ne put éviter la crise que provoqua l’admission de la République arabe sahraouie démocratique, suscitant un boycott massif du sommet de 1982 à Tripoli et la sortie du Maroc (qui dure encore).
Après lui, faute de pouvoir départager des candidats du Mali et du Gabon, le Nigérian Peter Onu fut, de 1983 à 1985, d’abord intérimaire, puis titulaire ; le choix d’un anglophone à ce poste rompit pour un temps l’équilibre tacite qui prévalait jusque là : l’OUA aurait un secrétaire général francophone, et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA, siégeant, comme l’OUA, à Addis Abeba) un secrétaire exécutif anglophone, et inversement.
Le francophone Idé Oumarou, du Niger, occupa ces fonctions avec distinction de 1985 à 1989. Puis, ce fut le Tanzanien (et donc anglophone) Salim Ahmed Salim, qui assuma trois mandats, de 1989 à 2001. Finalement, l’Ivoirien Amara Essy exerça ces fonctions de 2001 à 2003.
Gageons que les chefs d’Etat de l’Union africaine sauront avec perspicacité choisir une fois de plus le meilleur candidat possible, pour personnifier de manière permanente l’institution représentative de la volonté d’unité du continent africain.
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