
A la direction de FARM depuis 2006, Bernard Bachelier connaît bien l’Afrique. C’est en Côte-d’Ivoire et au Gabon qu’il débute sa carrière en tant qu’ingénieur agronome pour le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Un institut dont il prendra la direction générale jusqu’en 2002.
Dès le départ, Bernard Bachelier s’intéresse à l’agriculture des pays en développement, cherchant à donner un sens à son activité d’agronome. « Quinze ans après les indépendances africaines, j’étais plein d’espoir, convaincu qu’avec l’action, on pouvait améliorer le quotidien des gens », raconte-t-il. Des années plus tard, à la tête de la FARM, il est toujours le même optimiste.
Ce scientifique reste convaincu de la nécessité d’inscrire la recherche dans un projet global qui prenne en compte les enjeux sociaux et économiques, autrement dit « la recherche au service de ceux qui en ont vraiment besoin : les pays en développement. »
Une vision entreprenariale
La FARM se situe dans le prolongement de cette philosophie. La Fondation pour la ruralité dans le monde, créée en 2006, veut mobiliser des acteurs privés au service de l’amélioration des filières agricoles de ces pays, avec une vision entreprenariale. Hausse des rendements, compétitivité financière, « pour réussir à atteindre ces objectifs, le recours à la formation et l’accès au crédit sont essentiels », résume Bernard Bachelier.
Premier projet d’ampleur pour la FARM : l’université du coton qui va être mise en place avec l’association des producteurs de cotons africains (AProCA) et l’école de commerce HEC. Elle entend former les professionnels africains au management, afin de mieux rentabiliser leurs entreprises.
Le programme comprend une formation continue destinée aux professionnels de l’agriculture mais aussi un master spécialisé pour les jeunes diplômés. L’étape suivante sera l’extension de cette compétence à d’autres filières telles que l’élevage, les filières vivrière, le riz…
Depuis les premières années de la FARM, le contexte a bien changé. L’agriculture connaît un vrai boum. « Les prix des produits agricoles sur le marché international ont augmenté, les bailleurs de fonds s’intéressent de nouveau à l’Afrique, il existe de nombreuses perspectives de marché, constate Bernard Bachelier. Il faut réunir les conditions pour que les Africains bénéficient de ce contexte favorable. »
Un défi s’impose pour les pays africains : il va falloir accroître leur offre agricole au plus vite, face à la concurrence des pays d’Europe de l’Est. Pour ce, la fondation mise également sur la microfinance. La fondation a organisé un colloque en décembre, où elle a réuni 75 nationalités, ce qui permettra d’éditer un « guide » du partenariat entre organismes de microfinance et organisations agricoles.
Pour une préférence communautaire africaine
Autre défi majeur, la baisse des tarifs douaniers inclus dans les APE (accords de partenariat européens). La FARM n’est pas contre les APE, mais souhaiterait qu’elles soient vraiment favorables aux cultures locales. Ainsi, la fondation se bat pour imposer l’idée de préférence communautaire africaine à la manière de ce qui se fait en Inde.
« Les produits stratégiques comme les cultures vivrières de céréales, de légumes et de volailles, qui sont des enjeux internes aux pays africains, devraient être protégés le temps qu’ils gagnent en compétitivité », affirme Bernard Bachelier. La fondation prépare une étude sur la capacité de l’Afrique de l’Ouest à satisfaire le besoin agricole. Elle devrait aider les agriculteurs à défendre leur position lors des négociations à venir.
La FARM est née de l’initiative de Jacques Chirac dans le but de « promouvoir un modèle d’agriculture et de ruralité à la fois moderne et humain ». Reconnue d’utilité publique, elle sert une mission d’intérêt général. La fondation est financée par ses fondateurs (le Crédit agricole, Suez, Casino, Limagrain, Air France et l’Agence française de développement) et d’autres entreprises qui s’y sont associée. Chacune d’entre elles s’est engagée à verser un million d’euro sur cinq ans. L’Etat participe quant à lui à hauteur de 2,45 millions d’euros.
Plus d’informations sur http://www.fondation-farm.org
Lire aussi : http://www.linternationalmagazine.com/article382.html
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