7 janvier 2009
:: Entretiens Politiques
Bernard Bachelier
publié le 01/11/2007

Née de l’initiative de Jacques Chirac en 2006 dans le but de « promouvoir un modèle d’agriculture et de ruralité à la fois moderne et humain » la fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM) poursuit son engagement dans le domaine agricole.

L’internationalmagazine.com a rencontré Bernard Bachelier, son directeur. Ingénieur agronome de formation, il a longtemps travaillé en Afrique avant de diriger le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) puis la FARM.

Bernard Bachelier

Qu’est-ce qui motive l’action de FARM ?

Nous considérons que dans les pays à dominante agricole, qui sont principalement les pays les plus pauvres, la question agricole ne reçoit pas tout l’appui qu’elle nécessiterait. Un certain nombre d’entre eux n’a pas bénéficié de la révolution verte*, en Afrique notamment. Au moment où nous avons fondé FARM, tout se passait comme si on pouvait ne pas régler la question agricole. FARM a alors été créée pour mobiliser des acteurs privés au service de l’amélioration des filières agricoles de ces pays, avec une vision entrepreunariale. Les entreprises qui ont fondé FARM, (le Crédit Agricole, Suez, Casino, Limagrain, Air France et l’Agence Française de Développement) partagent cette vision. Notre but étant d’aider les agriculteurs à être compétitifs afin d’accéder au marché, avec une priorité donnée à la formation des responsables agricoles au techniques de management.

Comment vous positionnez vous par rapport à la libéralisation des marchés agricoles dans les pays africains ?

Nous ne sommes ni pour, ni contre la libéralisation. Chacun doit pouvoir profiter des marchés internationaux tout en respectant les règles du jeu. En ce moment ce sont plutôt les Américains qui ne respectent pas ces règles, pour le coton notamment. Les produits stratégiques comme les cultures vivrières de céréales, de légumes et de volailles, qui sont des enjeux internes dans les pays africains, devraient être protégés le temps qu’elles gagnent en compétitivité. Il faut que les producteurs africains puissent tirer parti de leur travail sur les marchés régionaux comme à l’exportation.

Vous organisez un colloque en décembre au sujet de la microfinance dans l’agriculture. La microfinance répond-t-elle aux besoins de l’agriculture ?

Aujourd’hui les prix des produits agricoles sur le marché international ont beaucoup augmenté. Cela peut être une chance pour les paysans ! Il faut que les agriculteurs profitent de cette amélioration en proposant une offre plus compétitive. Pour avoir une offre plus compétitive il faut investir, pour investir il faut avoir accès au financement. Les financements publics à l’agriculture sont faibles donc il faut mobiliser les crédits. Cela passe par plusieurs outils, dont la microfinance. Elle a l’atout de la proximité et offre une approche mutualiste intéressante.

Les institutions de microfinance sont-elles prêtes à investir dans l’agriculture ?

L’agriculture présente plus de risques que dans d’autres milieux, notamment les risques climatiques ou économiques du fait d’une rentabilité incertaine qui se mesure à long terme. Une campagne agricole dure près de six mois, les taux d’intérêt de la microfinance étant souvent élevés – de 1 à 3% par mois- il va falloir que l’agriculteur dégage rapidement une marge importante au bout des six mois, ce qui est difficilement envisageable dans le domaine agricole.

Alors vous faites du lobbying auprès de ces établissements ?

Pour l’instant FARM réuni les acteurs de la microfinance pour attirer leur attention sur l’intérêt qu’il y aurait à investir dans le secteur agricole vu la hausse du prix des produits agricole. L’enjeu du colloque est d’examiner les réussites dans le domaine et de faire des propositions qui permettent d’adapter la microfinance au domaine de l’agriculture. Parallèlement nous réfléchissons à la mise en place de projets de formations, d’appuis en gestion.

La plupart des modèles de réussite sont des modèles sud asiatiques. Sont-ils transposables à l’Afrique ?

Il existe des réussites africaines mais elles sont méconnues. En Afrique de l’Ouest par exemple, des caisses populaires financent les agriculteurs de la filière coton et maraîchage au Mali et au Burkina Faso. Les caisses populaires du Burkina se sont largement développés depuis 2003 et elles ont fait baisser les taux d’intérêt qui sont de moins de 10%. Avec dans le même temps un couplage avec l’organisation professionnelle agricole qui aide les agriculteurs à être plus productifs et vérifie que les demandes de prêt correspondent bien au potentiel des agriculteurs. C’est le cas également des caisses d’épargne et de crédit agricole mutuelle à Madagascar où les agriculteurs conduisent eux-mêmes les comités d’octroi de prêt. Quand il y a un bon couplage avec les organisations professionnelles, il y a une adaptation des offres de prêt au besoin des agriculteurs, et ça fonctionne.

Cela fait pensez aux tontines africaines…Finalement la microfinance existe depuis des siècles en Afrique ?

Les systèmes informels d’accès au crédit existent et beaucoup ont bien fonctionné. Un des enjeux de la professionnalisation de l’activité agricole consiste aussi à ce que ces systèmes informels de financement s’intègrent dans les systèmes financiers bancaires qui permettent de collecter l’épargne, de la rémunérer. La tontine c’est bien, mais ça reste une approche un peu empirique.

* Révolution verte : politique de transformation des agricultures du Tiers-Monde, fondée principalement sur l’intensification et l’utilisation de variétés à hauts pontentiels de rendements.

En savoir plus sur le colloque « Quelle microfinance pour l’agriculture des pays en développement ? » du 4 au 6 décembre 2007 : http://www.fondation-farm.org
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