
Entrepreneur, mais artiste plus que tout, Bakary Kamara détonne dans son costard sombre. Quand on lui parle business plan, imparable, il dévoile les cartes de son jeu : un zest d’étude de marché et, surtout, de la « créativité ». Voilà qui lui ont permis de faire de son magasin, K2Foot, en plein centre de Rouen, une entreprise florissante.
Sa recette : avoir ciblé les passionnés de football en leur proposant une large gamme de produits que l’on trouve difficilement en grande surface.
« Moi-même pratiquant, j’ai constaté que l’offre était fort limitée dans ce secteur. » Dans sa boutique, on ne trouvera pas seulement les maillots « des quatre plus grands clubs de ligue 1 », mais aussi ceux de Nice ou Auxerre, tout autant plébiscités par les amateurs. Ou bien encore les écharpes, les fanions et autres bols introuvables par ailleurs. « On joue sur la profondeur de gamme. »
A bientôt 33 ans, Bakary Kamara s’y connaît en commerce autant qu’en foot. Sur le terrain, à Rouen, il a évolué en division d’honneur avec les meilleures équipes de la région. Tout en menant ses études de front : une formation en management des PME-PMI, puis un DESS « Ingénierie de l’innovation ». « Je me destinais à la gestion de la qualité en entreprise », précise-t-il.
C’est finalement dans la banque, puis l’informatique qu’il débutera… Autant d’expériences décevantes pour cet entrepreneur dans l’âme : « Il y avait peu de place pour imposer ses idées… J’ai donc décider de créer ma propre structure », explique-t-il.
Au bonheur des tibias
Tout ne commence pas en 2003, avec K2Foot. Dès 2001, Bakary Kamara se met en tête de bannir les straps de la panoplie des joueurs de football. « Je voulais trouver un objet pratique pour maintenir les protège-tibias dans les chaussettes des joueurs », poursuit-il. Ce sera le Tibtop® : une bande élastique placée par-dessus la chaussette en haut de la cheville, et qui permet au sang de mieux circuler qu’avec les straps.
Avec 300 000 paires vendues à ce jour, en France, en Suisse et jusqu’en Ukraine, le Tibtop® reçoit un étonnant succès. « En 15 jours, il y a eu comme une effervescence autour du produit », raconte Bakary Kamara, qui cite les joueurs qui l’ont essayé, et qui sont devenus pour certains des clients réguliers. La dernière tendance pour ces joueurs pros : écrire le nom de son enfant sur l’élastique.
Désormais, son objectif est de « toucher la masse, et donc les clubs ». Avant que les grands fabricants ne s’emparent du marché. « Certaines grandes marques se lancent dans des produits similaires et concurrents, explique Bakary Kamara. Mais la légitimité est de notre côté. » Et le brevet de fabrication aussi. Aujourd’hui, après avoir convaincu la Ligue nationale de football et l’Olympique lyonnais, le jeune homme veut se lancer sur le marché anglais, où les supporters sont, paraît-il, encore plus friands de ce genre d’accessoires.
Entreprendre, « un mot basique »
Pour Bakary Kamara, l’avenir, c’est aussi de développer son enseigne. K2Foot ne possède pour l’instant qu’un seul point de vente, dans le centre-ville de Rouen. L’idée n’est pas forcément de les multiplier, mais « d’innover » en pensant à Internet. « Se bouger, avoir des idées et les mettre en pratique », telle est la définition que Bakary Kamara donne au verbe « entreprendre ». « Entreprendre, ça ne signifie pas forcément créer son entreprise.
On peut entreprendre dans un cadre amical ou familial », poursuit-il. Après une enfance de banlieusard à Mantes-la-Jolie, puis aux Mureaux, Bakary a passé son adolescence à Pacy-sur-Eure et fait ses études à Rouen. « C’est peut-être ce qui m’a sauvé. » Une atmosphère de travail, « chez nous, le bac, c’était le minimum », et un père ouvrier chez Renault, très présent pour ses neuf enfants, les ingrédients de l’ascension sociale étaient réunis.
Entreprendre permet de rechercher une estime de soi
« Plus que l’élévation du niveau de vie, le fait d’entreprendre permet de s’enrichir, de rechercher une estime de soi », explique-t-il. Pour réussir, il précise que c’est « une question de tempérament, de volonté ». Ainsi, « on peut réussir en banlieue, mais ça doit être plus dur ; l’environnement est difficile et l’entourage ne suit pas forcément ».
Lorsqu’il s’est lancé dans l’aventure K2Foot, Bakary Kamara a misé ses propres économies, tout en étant aidé par sa famille. Aujourd’hui, son enseigne réalise 400 000 euros de chiffre d’affaires. De quoi donner envie d’entreprendre. Une envie qu’il transmettra sans doute un jour à son enfant âgé d’un an et demi.
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