
« Marcher sur nos deux pieds. » Ou comment trouver l’équilibre en une leçon avec la méthode Joyandet. Ce 19 juin, devant la presse, le nouveau secrétaire d’Etat à la Coopération et à la francophonie assène à qui veut l’entendre le maître mot de sa politique de rupture : le pragmatisme, avant tout.
Trois mois pile après son entrée en fonction rue Monsieur, le successeur de Jean-Marie Bockel présente « Huit chantiers pour l’Afrique ». Un programme censé réorganiser la politique de coopération française autour de « deux piliers » : le développement économique (de l’Afrique), et le rayonnement culturel (de la France).
Un milliard d’euros en plus pour l’aide au développement
Annoncée le 28 février par Nicolas Sarkozy lors de son discours du Cap, « l’initiative pour la croissance en Afrique » devrait recevoir un milliard d’euros de l’Agence française de développement (AFD), qui engagera 25 % de dépenses supplémentaires. Une somme affectée à parts égales entre l’aide publique au développement et le soutien à la création d’entreprises. Généreux, mais insuffisant, cet effort ne permettra pas à la France de tenir ses engagements. L’Union européenne lui imposant de consacrer 0,55 % de son PIB à l’aide au développement en 2010, alors qu’elle en est aujourd’hui à 0,39 %. De l’aveu même d’Alain Joyandet, « ce sera difficile ».
Vivrière ou pas, l’agriculture sera « une priorité de la présidence française de l’Union européenne », affirme le secrétaire d’Etat. Face aux « émeutes de la faim », le président de la République avait proposé, lors du sommet de la FAO, le 3 juin à Rome, la création d’une « facilité mondiale pour la sécurité alimentaire ».
Alain Joyandet espère convaincre les autres membres du G8 d’aller dans le même sens. A la tête de l’UE pour six mois, la France compte aussi relancer les négociations sur les accords de partenariat économiques (APE), entre l’Europe et les pays d’Afrique. Car pour l’instant, les pourparlers sont au point mort, ou avancent à vitesses variables selon les sous-régions.
Renforcement de la présence française
Autre « pilier » : le rayonnement culturel de la France. Pour cela, la recette est simple : tripler, en quatre ans, le nombre de volontaires internationaux (4440 en 2008) envoyés sur le terrain. Le secrétaire d’Etat entend recourir à des volontaires plus expérimentés. « Actuellement, le profil moyen, c’est un ou une jeune de 25-26 ans, bac +3, bac +5. Je souhaite que nous puissions changer le recrutement. » En faisant appel à des « jeunes retraités de l’agriculture, de l’industrie, des entreprises, des associations »â€¦
L’objectif est tout aussi clair : « L’Afrique s’éveille. Est-ce qu’elle s’éveillera avec nous, ou sans nous ? », s’interroge Alain Joyandet. Pour le locataire de la rue Monsieur, l’idée du volontariat est « aussi de renforcer notre influence », face à la présence grandissante de pays comme la Chine sur le Continent noir. « On est entrés dans une coopération en pleine compétition », affirme le ministre.
« C’est un véritable pas en arrière, regrette Sébastien Fourmy, directeur du plaidoyer à Oxfam France. Pour le Gouvernement français, l’aide au développement n’est envisagée qu’au service de intérêts de la France : contrôle de l’immigration, lutte contre le terrorisme, promotion des intérêts commerciaux et du rayonnement culturel français. » Selon l’ONG, Alain Joyandet « met à la trappe le développement social et tire un trait sur les efforts entrepris ces dernières années pour lutter contre la pauvreté en Afrique ». Mais pour le secrétaire d’Etat, « il y a la coopération classique. Mais j’ai le souci de l’influence de notre pays ».
Cette influence passe également par la promotion de la langue française dans les pays du Sud, « un levier puissant de développement économique » pour l’Afrique, et profitable aux entreprises tricolores. Sur la question des valeurs, mises en sourdines dans l’ensemble des « huit chantiers », le secrétaire d’Etat répond sans chercher ses mots : « Je porte le message d’une France attachée à la démocratie et à la transparence. Mais est-ce que cela doit être notre seule préoccupation ? » Sans tomber dans la « caricature », Alain Joyandet veut parler de l’Afrique « en bien ». Au risque de faire passer les droits de l’homme au second plan. Mais le propos est assumé. Le secrétaire d’Etat à la Coopération fait « un peu de realpolitik ».
A côté du soutien aux entreprises et de l’aide publique au développement, la nouvelle politique de coopération consiste à renforcer la présence française sur place. Huit chantiers seront ainsi mis en œuvre, après finalisation :
le soutien aux entreprises, et le renforcement de l’aide publique au développement ;
la relance des grands dossiers agricoles entre l’Union européenne et le Continent noir ;
la promotion des femmes dans les projets portés par la coopération française, dans les domaines agricoles, de l’économie, de l’éducation et de la santé ;
parvenir à 15 000 volontaires internationaux d’ici quatre ans (le seul chantier véritablement abouti) ;
l’augmentation de la part des ONG dans l’aide bilatérale, en renforçant notamment la coordination entre organisations ;
le soutien à l’éducation et à la langue française, permettant – entre autres – de « promouvoir les valeurs liées à l’Etat de droit et à la démocratie » ;
« réformer, mais pas bouleverser » l’audiovisuel extérieur français, par exemple en améliorant la couverture des « bonnes nouvelles » en provenance du continent africain ;
la renégociation des accords de défense et de coopération militaire (annoncée par Nicolas Sarkozy au Cap, le 28 février).
Lire aussi :
Entretien avec Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération
Dernières réactions
A lire également




Publicité