
Dans un entretien accordé au quotidien indépendant de Khartoum Al-Ayyam, le président soudanais, Omar El-Béchir, affirme avoir "recours à des experts juridiques pour contester la légitimité et la légalité" de la demande d’inculpation de la CPI pour génicide et crime de guerre au Darfour.
Cependant, El-Béchir exclut de dépêcher des avocats soudanais à La Haye et déclare être favorable à ce que sa défense soit prise en main par des instances régionales, à savoir l’Union africaine et la Ligue arabe.
"Le gouvernement (soudanais) ne traitera jamais avec la Cour. Il ne la reconnaît pas et ne se présentera pas devant elle", assure Omar El-Béchir qui réagissait pour la première fois à cette inculpation dans son interview au journal Al-Ayyam. "Personne ne sait d’où (le procureur) tire" ses éléments à charge.
L’Union africaine cherche à geler l’affaire
De son coté, l’organisation régionale africaine ne lésine plus sur les moyens diplomatiques pour pousser le Conseil de sécurité de l’ONU, seul habilité à prendre une telle mesure, à geler l’affaire pendant 12 mois.
L’Afrique-du-Sud et la Libye, soutenues par la Chine, la Russie et le Vietnam, ont tenté le lundi 28 juillet dernier au Conseil de sécurité d’introduire un amendement qui repousserait d’un an, renouvelable, toutes poursuites contre M. El-Béchir. Mais la démarche a rencontré l’opposition des Occidentaux, pour qui un tel report serait "infondé" et "prématuré".
"Nous ne pensons pas qu’il soit approprié" de prendre une telle voie, a déclaré le chargé d’affaires français Jean-Pierre Lacroix, ajoutant que rien à ce stade dans l’attitude de Khartoum ne justifiait une telle suspension.
Pour l’ambassadeur du Soudan à l’ONU, Abdalmahmood Abdalhaleem Mohamad, cette demande de report émanait de l’Union africaine, et l’opposition des Occidentaux constitue "un affront, une insulte à l’Afrique".
Une semaine avant cette tentative, réunis le lundi 21 juillet au siège de l’UA, à Addis-Abeba, des ministres de l’organisation régionale ont appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à engager un processus de suspension de l’inculpation du président du Soudan. Une prise de position qui a constitué un nouveau succès pour le Soudan comme le fut la réunion de la Ligue arabe, le 19 juillet.
Au Darfour on compte 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés
Entre temps l’ONU estime que le conflit au Darfour, dans l’ouest du Soudan, a fait jusqu’à 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés depuis que des groupes noirs s’estimant victimes de discrimination de la part du gouvernement à majorité arabe ont pris les armes pour se faire entendre.
Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a demandé au tribunal basé à La Haye d’émettre un mandat d’arrêt à l’encontre d’Omar El-Béchir, mais il peut s’écouler des semaines avant que la Cour ne rende sa décision.
"J’ai présenté aux juges des éléments de preuve qui démontrent que le président du Soudan, Omar Hassan Ahmad El-Béchir, a commis des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre au Darfour", a indiqué le procureur argentin lors d’une conférence de presse à La Haye.
Le génocide, qui définit des crimes commis "avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux" est le crime le plus grave reconnu par le droit international, mais également l’un des plus difficiles à prouver.
Le Soudan n’a pas signé le statut de la CPI
Le Soudan affirme ne pas relever de la juridiction de la CPI dans la mesure où Khartoum n’est pas signataire du statut de Rome, le traité de création de la Cour en 1998.
L’an dernier, il a ainsi refusé de livrer deux Soudanais inculpés de crimes contre l’humanité. C’est la première fois qu’un chef de l’Etat en exercice pourrait être inculpé par la CPI.
Pour le président soudanais Omar El-Béchir qui dirige le régime islamiste de Khartoum depuis son arrivée au pouvoir par un putsch en 1989, tout cela relève d’un "complot historique" visant "à diviser le Soudan en petits Etats, en une nouvelle Yougoslavie".
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