
Le président zimbabwéen Robert Mugabe a mis en garde l’opposition contre une "recolonisation" du pays, lundi lors d’un discours à la nation, avant de reprendre des négociations-marathon engagées la veille pour un accord de partage du pouvoir.
Le plus vieux chef d’Etat d’Afrique, 84 ans dont 28 au pouvoir, a repris l’antenne pour s’adresser à ses partisans lors de la cérémonie annuelle dédiée aux "héros" de l’indépendance.
Le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie
"Ne donnons pas le pays à l’ennemi (...) Nous avons gagné notre indépendance", a-t-il déclaré. "Le Zimbabwe n’est pas à vendre et le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie".
"Si vous êtes du côté de l’ennemi ou s’il vous utilise, arrêtez. Arrêtez afin que cela ne soit pas une vaine unité. Une fausse unité", a continué le président, en référence aux négociations en cours avec l’opposition. "Ce doit être une unité guidée par des principes de base".
Après cette mise en garde, M. Mugabe, qui qualifiait encore récemment le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition), Morgan Tsvangirai, de "laquais" de l’ancien colonisateur britannique, a toutefois tendu la main à son rival.
"Lorsque quelqu’un fait en sorte que des frères deviennent ennemis, personne ne dit qu’ils n’appartiennent plus à la même famille", a-t-il lancé, avant de féliciter "toutes les parties" pour leur engagement dans ces négociations.
Il a remercié son homologue sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l’Afrique australe dans la crise, soulignant sa "patience" durant les pourparlers visant à sortir le pays de la crise née de la défaite historique du régime aux élections générales du 29 mars.
"Nous avons passé toute la nuit hier à discuter et sur certains points litigieux, parfois, je bouillais de rage, mais il gardait son sang-froid", a-t-il affirmé.
M. Mugabe s’était dit, à l’issue d’une première session de 14 heures de discussions jusque dans la nuit de dimanche à lundi, "confiant" que les points de litige seraient levés par les principaux protagonistes, à savoir lui-même, M. Tsvangirai et le chef d’une faction dissidente du MDC, Arthur Mutambara.
Le 21 juillet, les chefs de l’opposition et du pouvoir s’étaient engagés à négocier un partage du pouvoir afin de débloquer la situation au Zimbabwe, paralysé depuis la réélection controversée fin juin du chef de l’Etat à l’issue d’un scrutin que l’opposition a boycotté en raison des violences contre ses partisans.
Un accord sur la question de la terre
Les deux composantes du MDC avaient ravi le 29 mars la majorité à la Chambre des députés, tandis que M. Tsvangirai arrivait largement en tête du premier tour de la présidentielle.
Arguant de cette victoire, ce dernier exige le contrôle de l’exécutif. Mais le chef de l’Etat, soutenu par les puissants chefs de l’armée, de la police et des services secrets, n’entend pas céder la présidence, qu’il pourrait conserver avec des fonctions honorifiques lui permettant de se retirer en héros.
Selon des informations de la presse sud-africaine, les équipes de négociateurs, qui ont planché pendant près de trois semaines en Afrique du Sud, ont enregistré une avancée décisive en convenant d’une amnistie pour les responsables des violences.
Certains des chefs d’état-major ont été impliqués dans les massacres perpétrés au début des années 1980 contre la minorité Ndebele, dans le sud du pays.
Un accord aurait également été conclu sur la question de la terre, dont la redistribution précipitée et violente aux proches du régime et aux petits paysans noirs catalyse les tensions depuis 2000.
(Avec AFP)
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