
Pourquoi avoir réservé votre première visite africaine à Omar Bongo ? Est-ce pour calmer le jeu que vous êtes allé au Gabon ?
Il est clair qu’il y avait quelques tensions entre le Gabon et la France. Pour pouvoir travailler le plus rapidement possible, j’ai souhaité lever les ambiguïtés et les incompréhensions. Avec le représentant du président de la République, nous sommes allés voir le président gabonais pour lui dire qu’entre la France et le Gabon, il n’y avait pas de problème et que nos relations d’amitié, qui existent depuis fort longtemps, sont toujours d’actualité, que nous souhaitons continuer à travailler avec le Gabon comme par le passé. Voilà le sens de cette démarche.
Il n’y a rien de changé sur le fond de la politique française en Afrique, mais en ce qui concerne la forme. Ici, on est dans la maison de la diplomatie et j’ai bien l’intention de me conduire en diplomate. J’ai estimé que le fait d’aller lever cette ambiguïté contribuait à éclairer l’ensemble des relations entre le continent africain et la France.
Vous arrivez à la tête de la Coopération pour remplacer un prédécesseur qui voulait « signer l’acte de décès de la Françafrique ». Allez-vous poursuivre l’initiative de Jean-Marie Bockel ?
C’est le président de la République qui fixe la politique de la Coopération de la France avec le continent africain, personne d’autre. Le président de la République a « fixé le cap », parce qu’il a dit un certain nombre de choses lors du discours du Cap [en Afrique du Sud]. Il suffit de relire son discours pour savoir ce que le secrétaire d’Etat à la Coopération a à faire pour mettre en Å“uvre cette politique nouvelle. Il n’y a rien de changé !
La politique nouvelle que le président de la République a appelée de ses vÅ“ux est toujours au cÅ“ur de nos préoccupations ici, à « la rue Monsieur ». Simplement, il peut y avoir des différences d’approche dans la forme entre telle ou telle personnalité. En ce qui me concerne, moi je veux parler de l’Afrique « en bien », montrer en priorité ce qui se passe de bien en Afrique. Nous essayons de travailler pour faire du développement économique sans nier pour autant les problèmes qui peuvent exister. Et sans renoncer à la demande forte qui est celle de la France vers encore plus de démocratie, encore plus de bonne gouvernance, encore plus de transparence. Mais il y a déjà beaucoup de choses qui ont avancé. Ce qui se passe aujourd’hui est beaucoup mieux que ce qui se passait il y a 20 ans ; et j’espère bien que ce qui se passera demain sera encore mieux.
Vous n’aviez jamais rencontré Omar Bongo avant ce voyage ?
Non, je ne l’avais jamais rencontré.
Il se dit beaucoup, dans la blogosphère des jeunes Africains, que c’est le président Bongo qui vous a choisi…
Puisque M. Bongo ne me connaissait pas, pourquoi voulez-vous que ce soit lui qui m’ait choisi ?
Vous êtes très peu connu des milieux africains. Alors certains se demandent si dans votre parcours, vous avez déjà eu des expériences africaines…
Si, j’ai une expérience africaine. J’ai au moins autant d’expériences africaines que beaucoup de gens qui parlent de l’Afrique et qui n’y ont jamais mis les pieds. Cela fait plus de dix ans que ma commune est jumelée avec deux communes de Côte-d’Ivoire, où je suis allé. J’ai été reçu à Abidjan par beaucoup de ministres ivoiriens à l’époque où M. Bédié était le président de la République. Je suis aussi allé à Biankouma, à Sipilou. Je suis allé dormir là -bas moi, avec les Africains, dans la nature. J’ai beaucoup d’attirance pour ce continent et pour les jeunes générations d’Africains. J’ai vu ce qui se passait là -bas et ça fait un certain nombre d’années que je m’interroge sur le devenir des jeunes générations africaines. Il y a beaucoup de choses à faire en Afrique ! C’est quand même un continent où il y a des ressources humaines et naturelles.
Votre prédécesseur disait que « certains pays ont d’importantes ressources pétrolières, mais leur population n’en bénéficient pas ». Dans le contexte actuel des émeutes de la faim, que pensez-vous de cette phrase de Jean-Marie Bockel ?
Plus que ce que j’en pense, je vais vous dire ce que j’ai fait. La semaine dernière, j’ai été à Tokyo, pour un meeting des ministres du Développement, et j’ai demandé au président japonais de bien vouloir mettre au cœur de nos préoccupations celle de l’augmentation des prix des denrées alimentaires. C’est ce qui a été fait. Cette augmentation des prix de l’alimentaire, pour moi c’est l’actualité numéro un. Je trouve que résumer l’actualité par certains problèmes qui existent entre la France et le Gabon, franchement c’est aux antipodes des préoccupations de la population africaine.
Comment est-ce que vous voulez qu’on travaille sur le développement économique, sur la création d’entreprise, sur l’encouragement des entrepreneurs africains si on passe notre temps à déclamer et à faire des déclarations sur tel ou tel sujet. Moi, j’avais besoin pour travailler de renouer les fils et de faire passer un message, au risque de me faire caricaturer. Et ce n’est pas parce que j’ai fait ça que je ne suis pas attaché aux objectifs de bonne gouvernance, de transparence, de démocratie. Ce n’est pas parce qu’on va saluer le doyen des Africains qu’on renonce à tout ça. J’avais besoin de déblayer le terrain d’un certain nombre de malentendus pour pouvoir travailler ensuite. Et au lieu de le faire d’une manière détournée, de me cacher, je l’ai fait clairement, et j’assume.
D’après votre parcours, vous êtes plutôt un entrepreneur. Quelle sera la place des jeunes entrepreneurs dans votre politique ?
Ce sera le cœur de mon action. Il y a une nouvelle génération d’Africains diplômés et compétents, qui ont envie d’entreprendre dans leur pays. Qu’est ce qu’on fait ? On les laisse attendre ou bien est-ce qu’on y va ? Il y a urgence, il faut y aller ! Mais je ne peux pas travailler sur ses sujets si on est en permanence brouillé dans nos relations avec les Etats africains, et tout particulièrement le Gabon. Le Gabon a quand même une place particulière dans les relations franco-africaines depuis très longtemps. On ne peut pas se passer de relation normale entre le Gabon et la France pour pouvoir développer une action de coopération notamment en direction des jeunes générations. Les jeunes générations ont besoin d’être respectées aussi, et quand on attaque d’une manière un peu forte leurs gouvernants, ils ne sont pas contents. J’ai senti qu’il y a avait aussi un malaise dans la population gabonaise, au-delà du malaise qui pouvait exister d’Etat à Etat.
Quelle est la dimension du secteur privé dans votre programme d’action ?
Le secteur privé est au cÅ“ur de notre programme, je vous l’ai dit. Nicolas Sarkozy a annoncé à la fin du mois de février un renforcement conséquent de notre aide : la France va investir deux milliards et demi d’euros au cours des cinq prochaines années pour le secteur privé. Et ce, pour créer des emplois dans l’économie formelle. Cette somme importante financera, entre autres, directement ou indirectement, 2 000 entreprises africaines, pour la création de 300 000 emplois à terme. En prenant en compte cette nouvelle initiative, l’aide économique de la France en Afrique subsaharienne s’élève désormais à un montant global de 10 milliards sur les cinq années à venir.
Quelles sont les grandes lignes de votre action dans le domaine de la coopération France-Afrique ?
Au cours de ma mission, je souhaite aller à la rencontre des populations du continent, dans un état d’esprit constructif. Chaque mois, je ferai au moins un déplacement en Afrique avec plusieurs étapes. Je veux exercer ma mission sur le terrain, parler de la réalité. Je souhaite encourager nos projets de coopération concrets, l’action de la France sur le continent et soutenir, développer la francophonie. Nous souhaitons encourager les sociétés civiles africaines (fondations, organisations internationales, secteur privé) pour qu’elles accompagnent un véritable changement sur le continent.
Enfin, pour ce qui est de l’orientation de ma mission, je reste dans la droite ligne de ce que le président a annoncé au Cap : une refondation des relations entre la France et l’Afrique. Car nous avons changé, les Africains ont changé. L’Afrique d’aujourd’hui n’a plus les mêmes attentes que celle d’hier. Par exemple, nous avons commencé à repenser notre présence militaire sur les bases que nous avions en Afrique. Cela signifie que nous ne souhaitons plus être les gendarmes de l’Afrique. Nous voulons aider les acteurs politiques du continent à assurer eux-mêmes la stabilité de celui-ci.
A lire
France-Afrique ou Françafrique : Alain Joyandet aussi fait sa rupture
Dernières réactions
A lire également




Publicité