3 septembre 2010
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Union africaine : retour sur la troisième réunion du collège des commissaires UE-UA
Linternationalmagazine.com - Emile Fidieck, publié le 15/10/2008
Bruxelles a accueilli le 1er octobre la 3ème réunion du collège des commissaires de l’Union européenne et de l’Union africaine.
Union africaine : retour sur la troisième réunion du collège des commissaires UE-UA

Conduite par son président, M. Jean Ping, une délégation de la Commission de l’Union africaine (UA) a séjourné à Bruxelles, la semaine dernière, où elle a participé à une réunion conjointe des Commissions de l’UA et de l’Union européenne (UE).

L’ensemble des questions politiques, économiques et sociales contenus dans la Stratégie conjointe UE-UA et le Plan d’action 2008-2010 y afférente, adoptés au Sommet UE-Afrique de Lisbonne, ont figuré à l’ordre du jour de la réunion des deux collèges. Sur le plan politique, les discussions ont permis d’évoquer, notamment, les poursuites engagées par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais, Omar El Béchir, ainsi que le projet du Pacte européen sur l’immigration proposé par Nicolas Sarkozy.

Différer les poursuites contre El-Béchir à la CPI

Sur proposition de la France, président en exercice de l’UE, il a été ainsi convenu de saisir la CPI d’une demande de suspension de ces poursuites pour un an. En effet depuis quelques temps, les pays africains font pression sur la CPI afin qu’elle abandonne les poursuites contre ce président africain en cours d’exercice de ses fonctions.

Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Campo, a affirmé il y a quelques mois avoir des preuves de l’implication du président El-Béchir dans les crimes massifs commis contre les populations du Darfour. « J’ai présenté aux juges des éléments de preuve qui démontrent que le président du Soudan, Omar Hassan Ahmad al-Bachir, a commis des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre au Darfour », expliquait alors le procureur. « Des femmes de 70 ans, des petites filles de six ans sont violées. »

"L’Union africaine est pour que la justice soit appliquée au Darfour. Nous avons demandé aux autorités du Soudan de travailler dans ce sens et d’arrêter les auteurs de crimes", a déclaré à International Magazine l’ambassadeur Ramtane Lamamra, commissaire à la Paix et sécurité de l’UA. Selon lui, il n’est pas prouvé que "l’arrestation du président Bechir lui-même favorise la paix au Darfour". De plus, "il n’est pas vérifié que tous les crimes commis par les milices au Darfour aient été ordonnés par le président El Béchir". Et d’ajouter, d’un air agacé : "on a de plus en plus le sentiment que la Cour pénale internationale ne s’intérresse qu’à l’Afrique."

Plus de concertation sur l’immigration

Sur la question de l’immigration, la Commission de l’Union africaine devait demander a son partenaire européenne de faire preuve de plus de flexibilité dans sa politique. L’UA a aussi émis des réserves quant à la nécessité d’appliquer le "Pacte européen sur l’immigration", proposé par Nicolas Sarkozy.

Ce pacte, qui doit être approuvé par le sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UE, prévu le 15 octobre à Bruxelles, interdit les politiques de régularisation massive des sans-papiers qui ont été pratiquées ou sont pratiquées par certains pays européens, dont l’Espagne. Le texte tend aussi à limiter les possibilités pour les étrangers, et notamment les Africains, d’immigrer en Europe.

En choisissant d’établir « une carte bleue » européenne (en référence à la carte verte américaine) il avalise la politique « d’immigration choisie » prônée par le président Sarkozy. Ce que regrette l’UA qui craint les conséquences néfastes de cette politique sur la fuite des cerveaux dont l’Afrique est déjà largement victime. La Commission de l’Union africaine a rappelé à son partenaire européen la nécessité d’une concertation en amont dans le cadre de l’élaboration de tel document.

"A l’exemple de la Chine ou de l’Inde, il faut que les Européens s’habituent à plus de concertation dans l’élaboration des documents qui traitent des questions en rapport avec nos deux continent. La démarche qui consiste à rédiger des documents sans concertation et à ne contacter les Africains que pour solliciter leurs contributions à son application est dépassée", estime un cadre de l’UA qui ajoute « cette concertation est d’autant plus nécessaire qu’elle est prévue dans le cadre des instruments de coopération qui nous lient, tel que l’Accord de Cotonou, la Stratégie conjointe UA-UE, le Partenariat stratégique UE-Afrique etc."

La crise financière n’a pas été oubliée

Les conséquences de la crise financière internationale, qui a entraîné la faillite de plusieurs banques aux Etats-Unis et menacent des banques européennes, a aussi été au cours des débats. "Pour l’instant, les banques africaines restent épargnées par le séisme de la crise financière internationale dont l’épicentre se trouve aux Etats-Unis", fait observer un membre de la délégation de l’UA, « mais il n’empêche que l’Afrique doit rester vigilante vu l’interconnexion des économies africaines avec celles de l’Europe, au niveau financier surtout ».

A la Commission de l’UA, le besoin d’un "sursaut professionnel" se réclame

Dans le hall de l’hôtel bruxellois où la délégation de la Commission de l’UA est descendue, l’ambiance était un peu tendue. Des hauts fonctionnaires fulminent sur la préparation des dossiers relatifs à la rencontre. Certains départements n’auraient pas bouclé leurs dossiers à temps. "Même les photocopies des document n’étaient pas prêtes. Vous vous rendez compte que c’est à la veille de notre départ que nous avons remarqué cela. Et comme d’habitude, ce sont les mêmes qui ont fait le travail des autres. Il faut que ça change !" nous lâche un haut fonctionnaire de la Commission.

Une certaine complaisance aurait aussi été remarquée dans les feuilles de missions de la délégation. En fait, certains commissaires seraient venus accompagnés de leurs assistants et de leur secrétaire tout frais à la charge du budget de la Commission. "Ça ne valait pas la peine et ce n’était pas prévu. Pour une telle rencontre, un directeur par département suffit largement. C’est de la pure complaisance", révèle à International magazine un fonctionnaire de la Commission.

Quant à la réussite de l’organisation logistique à Bruxelles, "c’est grâce au travail appréciable et encourageant de la mission de l’Union africaine à Bruxelles", nous affirme le président Jean Ping. Avant de concéder : "il manque encore un sursaut professionnel pour une partie du personnel de la Commission, mais nous travaillons pour y remédier."

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