
Omar Bongo, particulièrement mécontent de la politique que menait Jean-Marie Bockel, contacte alors Bourgi et lui demande d’intervenir auprès de Nicolas Sarkozy. Héritier des "sombres réseaux africains" de Jacques Foccard et se réclamant conseiller occulte de Nicolas Sarkozy, Robert Bourgi, avocat français d’origine libanaise, s’est enrichi en faisant de l’obtention pour les personnalités africaines des rendez vous auprès des personnalités françaises une profession.
"Je suis allé voir le président de la République à l’Elysée en présence de M. (Claude) Guéant (le secrétaire général de l’Elysée-NDLR) et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du président Bongo", raconte Bourgi dans une interview ce lundi sur RTL. "Il m’a dit, ’dis à Omar et autres chefs d’Etat que M. Bockel partira bientôt et qu’il sera remplacé par un de mes amis et un ami de M. Guéant’. Il m’a donné le nom en me demandant de le garder pour moi", a encore indiqué Robert Bourgi.
La longue vie de la françafrique
En effet lors d’un discours officiel prononcé le 27 janvier dernier à Paris, Jean-Marie Bockel alors Secrétaire d’Etat français à la Coopération et à la Francophonie, a vivement critiqué la gestion des revenus pétroliers en Afrique avant d’annoncer vouloir “signe l’acte de décès de la Françafrique”.
“L’un des premiers freins au développement de l’Afrique, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie des structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants”, avait ce jour déclaré Bockel. “Que deviennent ces revenus pétroliers ? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas ? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ?”, avait-il lancé au public composé essentiellement de fonctionnaires français en charge de la coopération franco-africaine. “Je veux que cessent les interférences de ceux que le président Sarkozy a qualifiés à Cotonou d’émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent. C’est une nécessité pour tenir un discours exigeant aux Africains”.
Lors du remaniement ministériel du 23 juin suivant son discours, Jean-Marie Bockel, que Bernard Kouchneur supportait de plus en plus mal, est viré de son poste et cède sa place à Alain Joyandet, un autre proche de Nicolas Sarkozy.
Dès sa nomination Alain Joyandet déclare dans une interview à International magazine : "Avec le représentant du président de la République, nous sommes allés voir le président gabonais pour lui dire qu’entre la France et le Gabon, il n’y avait pas de problème et que nos relations d’amitié, qui existent depuis fort longtemps, sont toujours d’actualité, que nous souhaitons continuer à travailler avec le Gabon comme par le passé.". Au 20 de la "Rue Monsieur " le mot "françafrique" est banni.
...il y a plusieurs portes dans la maison du père
Aussi, alors que la France fait actuellement l’objet de vives critiques et d’attaques ciblées depuis l’élection très contesté à la présidentielle du fils d’Omar Bongo, Robert Bougi s’est de nouveau fait entendre.
D’un côté en effet, la France affiche clairement ses distances et rappelle que le Quai d’Orsay est "la seule voix légitime de la France" en matière de diplomatie. D’un autre côté, elle continue d’entretenir des liens privilégiés avec son ancienne colonie, liens qui ne passent pas toujours par les canaux diplomatiques habituels. "Il y a toujours eu des diplomaties parallèles. Il y a plusieurs portes dans la maison du père", a déclaré Bourgi, qui reconnait implicitement nourrir des relations tendues avec le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
Bien avant l’élection présidentielle gabonaise, Robert Bourgi qui appelait Omar Bongo "Papa" déclarait dans le journal Le Monde : "Ali sera le seul candidat du clan Bongo". "Mon candidat, c’est lui. Or, je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy".
Jeudi 3 septembre, les résultats tombent à Libreville : Ali Bongo est officiellement élu avec un peu plus de 41% des voix. Aussitôt, des incidents éclatent à Libreville, mais aussi à Port-Gentil, la capitale économique, où ils se sont poursuivis jusqu’à ces derniers jours. Les émeutiers, proches de l’opposition, s’en prennent à la France, en incendiant le consulat à Port-Gentil, et des stations Total, la compagnie pétrolière qui exploite le pétrole gabonais depuis l’indépendance.
...rester à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil
A l’Elysée on souligne que "Robert Bourgi n’est pas le porte-parole, ni officiel ni officieux de la France", mais il reste qu’il en est parfois, hélas, l’inspirateur : quitte à parasiter, de Madagascar à la Mauritanie, les timides efforts de normalisation des relations entre l’Hexagone et ses ex-colonies note "Le nouvel Obs".
Alors qu’il l’épinglait de la rosette de Chevalier de la Légion d’Honneur, le Chef de l’Etat français ne déclarait-il pas à l’adresse de Bourgi : « Je sais, cher Robert, pouvoir continuer à compter sur ta participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion. Je sais que, sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui te conseillait jadis, de “rester à l’ombre, pour ne pas attraper de coup de soleil’. Sous le chaud soleil africain, ce n’est pas une vaine précaution. Jacques Foccart avait bien raison.”.
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