
Cacophonique, voire brouillonne, l’UE n’a pas voulu confirmer la nouvelle lundi. La Commission « n’est pas au courant ». La présidence du Conseil considère que c’est l’affaire de l’Espagne, qui assure la présidence « tournante » européenne. Madrid, lui, « continue de programmer » la visite du président américain pour fin mai, bien qu’il n’ait reçu aucune réponse explicite de Washington. Et pour cause : Barack Obama ne viendra pas, assurent des responsables de la Maison-Blanche cités par le Wall Street Journal, quotidien généralement pointilleux sur ses sources. Pour l’Espagne, cela se profile comme une gifle.
La visite de Barack Obama et le sommet de Madrid avec les États-Unis figurent parmi les morceaux de choix de la présidence espagnole. José Luis Zapatero - à l’image de tout dirigeant assumant la « tournante » - compte bien tirer la couverture à lui et requinquer une cote d’opinion plombée par l’explosion du chômage. Le chef du gouvernement espagnol ne s’avoue pas encore défait. Il sera après-demain à Washington. En principe pour une visite privée, en pratique pour rattraper la visite qui lui glisse entre les doigts. Le roi Juan Carlos lui emboîtera le pas deux semaines plus tard, si nécessaire. De l’autre côté des Pyrénées, c’est déjà une affaire d’État.
Le poids de la « Chinamérique »
Lundi, la déconvenue de Madrid faisait ricaner à Bruxelles, où se livre une bataille de préséance entre les trois présidences de l’UE - la tournante nationale, celle du Conseil et celle de la Commission. Derrière cette façade, l’Europe « nouvelle formule » a surtout du mal à dissimuler un surcroît d’inquiétude existentielle. Après la déroute climatique de Copenhague face à la Chine, doit-elle se résoudre aussi à l’insignifiance face aux États-Unis ? Sur le rond-point Schuman, l’ombre de la « Chinamérique » et du « G2 » n’a jamais paru aussi pesante.
Barack Obama, quel soit son agenda fin mai, a de bonnes raisons de se défier du prochain rendez-vous institutionnel avec l’UE. Il a traversé six fois l’Atlantique l’an dernier et commence à connaître la compagnie. Sans doute s’agace-t-il aussi de voir l’Europe représentée non plus par deux, mais par trois présidents : MM. Zapatero, Barroso et Van Rompuy. On lui avait promis - comme aux Européens - que l’Union n’aurait plus qu’un seul visage, grâce au traité de Lisbonne.
Pour finir, le sommet transatlantique semestriel est une cérémonie figée et sans enjeu, aux dires mêmes de participants européens. Il en sort rarement plus qu’une déclaration convenue. Le président Obama l’avait fait sentir dès novembre, à sa manière. Après avoir poliment reçu ses invités européens à la Maison-Blanche, il avait planté là José Manuel Barroso et le premier ministre suédois pour déjeuner, les abandonnant à la seule compagnie du vice-président Joe Biden.
Avec ou sans sommet au printemps, le nouveau président du Conseil, Herman Van Rompuy, compte bien tirer son épingle du jeu et affirmer son autorité, face aux deux autres baronnies. « Une chose est claire : à l’avenir, c’est à la présidence stable qu’il appartiendra de préparer et de présider les sommets, assure son porte-parole, Dirk De Backer. Ces rencontres se tiendront d’ailleurs à Bruxelles. » Selon un scénario plausible, Barack Obama retarderait sa visite européenne à l’automne et la conjuguerait avec un sommet de l’Otan programmé en novembre à Lisbonne.
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