5 décembre 2008
:: Tribune
Le devoir d’ingérence ne donne pas tous les droits
Michel Levallois, Président de la CADE, publié le 27/12/2007
Le devoir d'ingérence ne donne pas tous les droits

L’affaire des enfants « volés » du Tchad est une invraisemblable et tragique illustration des dérives auxquelles peuvent conduire certaines représentations de l’Afrique et des Africains.

Mon propos n’est pas d’accuser les protagonistes de ce projet avorté de « transfert » d’enfants habillé en opération humanitaire.

Il appartiendra à la justice, qu’elle soit tchadienne ou française, d’établir les faits, et s’ils sont avérés, de les sanctionner.

Ce que nous voulons dénoncer à propos de cette lamentable affaire, c’est une certaine générosité, alimentée par un afropessimisme qui ne s’avoue pas, et qui s’appuie sur l’image d’une Afrique immobilisée dans son impuissance, celle d’Africains perçus comme d’éternels souffrants qu’il faut assister puisque, depuis qu’ils sont devenus « indépendants », ils n’ont toujours pas montré leur capacité à gérer leurs affaires efficacement et démocratiquement.

Ma conviction est que ce dévoiement est dans le droit fil d’une sensibilité contre laquelle les ONG n’ont pas encore réagi avec assez de vigueur et de lucidité et qui est, en dépit de leur discours officiel, de considérer et de traiter les Africains, non comme des partenaires mais comme des assistés, parfois comme des instruments,.

Je voudrais dire ici que le partenariat appelle une connaissance du partenaire, une prise en considération de ses attentes, une acceptation de ses choix, un respect de ses valeurs.

Ce n’est pas du relativisme culturel. C’est au contraire une certaine façon de respecter en eux leur part d’universel, ce qui en fait des hommes et des femmes comme nous.

À ceux qui nous disaient il n’y a pas si longtemps que l’afropessimisme n’était plus qu’une vieille lune, et qu’il fallait peut-être passer à autre chose de plus intéressant et de plus utile pour l’Afrique que de s’acharner sur cette cible éculée, nous leur proposons de méditer sur l’affaire des enfants du Tchad. Elle a quelque chose d’effrayant dans sa généreuse banalité.

Et si vous rapprochez cela de certains discours sur l’historique incapacité africaine, vous pouvez en conclure qu’il y a encore beaucoup à faire pour changer les mentalités des amis français de l’Afrique.

Le concept de la remise en cause de la souveraineté des États pour des raisons humanitaires est apparu lors de la guerre du Biafra (1969 – 1970) qui a entraîné une épouvantable famine, largement couverte par les médias occidentaux mais totalement ignorée par les chefs d’États et de gouvernement au nom de la neutralité et de la non-ingérence. Il a été théorisé et vulgarisé à la fin des années 1980, notamment par le professeur de droit Mario Bettati et par Bernard Kouchner.
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