Fillettes roms noyées en Italie : la photo qui fait scandale
Linternationalmagazine.com - Emmanuel Tixier, le 2008-08-14 10:34:53
Dans une indifférence d’apparence générale, les corps de deux fillettes roms, mortes noyées, reposent sur la plage. Pendant que les plagistes prennent le soleil.
Fillettes roms noyées en Italie : la photo qui fait scandale

La photo a fait le tour des médias européens. On y voit les corps partiellement dissimulés de deux fillettes noyées, gisant sur une plage. Comble de l’horreur : à l’arrière-plan, deux touristes prennent un bain de soleil dans une apparente indifférence au drame qui vient de se produire.

Ce samedi 19 juin, jour de grande chaleur, quatre jeunes Roms du camp de Secondigliano décident de se baigner devant la plage de Torregaveta, près de Naples… malgré une mer agitée, et le fait qu’elles ne savent pas nager. Emportées par les courants, seules deux des quatre fillettes seront sauvées par les secouristes. Violeta et Cristina Ebrahmovich, 11 et 12 ans, sont quant à elles emportées par une vague et se noient.

« Un grave manque de sensibilité »

Durant une heure, les corps des deux jeunes roms sont ainsi restés sur la plage, dans l’attente de l’ambulance, devant des plagistes à l’air indifférents, au regard de la photo. « Telle qu’elle a été décrite par la presse, l’attitude des baigneurs est choquante car elle témoigne d’un grave manque de sensibilité », s est offusqué le Haut-commissariat pour les réfugiés de l’Onu (UNHCR), en s’étonnant de l’absence de réaction politique. L’archevêque de Naples, Mgr Crescenzio Sepe, a pour l’instant été l’une des seules personnalités à marquer son indignation : « ces images de notre ville sont pires que celles de Naples envahies par les déchets. »

L’affaire survient à un moment des plus critiques pour le gouvernement italien, en plein durcissement de sa lutte contre l’immigration clandestine. L’Italie envisage de recenser les 140 000 Roms vivant sur son territoire, en relevant notamment les empreintes digitales de ses ressortissants de plus de 14 ans. Une annonce qui a valu au président du Conseil italien les foudres du Parlement européen. Les eurodéputés voyant dans ce recueil des empreintes digitales « un acte de discrimination directe » fondé sur l’origine ethnique.

Les Italiens sont-ils devenus inhumains ?

Alors que le quotidien britannique The Independent titrait sur ces « images qui font honte à l’Italie », certains médias transalpins tentent de disséquer les clichés. « Les vacanciers savaient-ils que les victimes étaient roms ? », s’interroge Sergio Romano, éditorialiste au Corriere della Sera. Selon lui, « actuellement, tout événement qui se prête à une interprétation tombe sur un terrain fertile en raison de l’image négative de l’Italie ». Pour le photographe à scandale Oliviero Toscani, à l’origine des campagnes publicitaires choc de l’enseigne Benetton, ces photos doivent être considérées pour ce qu’elles sont : « un document. »

Document contre document, une vidéo [1] postée sur la plateforme Dailymotion vient nuancer l’effroi suscité par les photos publiées. On y voit un bouquet de fleurs déposé près des corps des fillettes, et des plagistes debout tout autour. Et l’air bien plus inquiet qu’indifférent.

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